Le 10 mars, 300 à 400 moines du monastère de Drepung défilent dans les rues de Lhassa, afin de demander la libération de moines emprisonnés en 2007, après qu'ils eurent repeint les murs du monastère en blanc pour fêter la remise de la médaille d'or du Congrès des États-Unis au 14e dalaï-lama. Les moines, bloqués par un barrage des forces de l'ordre, s'assoient pour un sit-in de quelques heures avant de se disperser. Au crépuscule, des moines et des étudiants se rassemblent au centre-ville sur la place du Barkhor, 6 ou 7 d'entre-eux sont arrêtés.
Le 11 mars, afin de protester contre ces arrestations, plus de 500 moines de Drepung, auxquels se sont joints ceux de Sera, manifestent de nouveau. Fin de matinée, des incidents éclatent quand la police chinoise et de la Police armée du peuple dispersent les manifestants par la force. Des grenades lacrymogènes sont utilisées, et des moines frappés à coups de matraque.
D'après le gouvernement tibétain en exil, d'autres manifestations ont éclaté dans trois autres monastères, dont l'un situé dans la province traditionnelle tibétaine de l'Amdo incorporée au Qinghai. Le 11 mars, un porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères déclare que des manifestations « illégales et menaçant la stabilité sociale » ont eu lieu à Lhassa.
Le 12 mars, la tension monte d'un cran avec les rumeurs de tentatives de suicide de deux moines de Drepung. Selon un témoin, au monastère de Séra, des moines qui ont débuté une grève de la faim sont battus par la police.
Le 14 mars, de violentes émeutes se déroulent à Lhassa, les plus graves depuis le Soulèvement tibétain de 1959.
Les premières violences commencent le matin près du temple de Ramoché. Selon Le Monde, les premières violences feraient suite au passage à tabac de deux moines bouddhistes par les forces de l'ordre, rumeur qui se propage dans Lhassa, ou bien, selon les sources officielles chinoises, à des jets de pierre contre les forces de l'ordre. Les émeutes éclatent au début de l'après-midi : une foule de plusieurs douzaines de personnes se déchaînent, dont certaines hurlent en jetant des pierres sur les magasins appartenant à des Chinois et sur les taxis dont la plupart à Lhassa sont conduits par des Hans.
L'émeute se propage rapidement à travers les ruelles commerçantes. Des foules, qui se sont rassemblées apparemment de façon spontanée, dévastent les magasins n'appartenant pas aux Tibétains et en répandent les marchandises dans la rue, avant d'y mettre le feu. Pour échapper au saccage, les commerçant tibétains nouent, sur leur devanture, des foulards blancs traditionnels les signalant comme tels. Selon le témoignage d'un touriste suisse qui se trouvait dans la rue principale de Lhassa, il y avait là une foule de 400 à 500 personnes, et des pavés sont lancés à travers la rue pour atterrir dans une rue latérale où une cinquantaine de policiers, mal protégés par leurs boucliers en plastique, finissent par battre en retraite. Selon les témoins occidentaux, des Chinois isolés, passant à pied ou en véhicule, sont agressés, lapidés ou pris en chasse par des manifestants, dont certains armés de sabres tibétains, de bâtons ou de barres de fer. Quelques émeutiers scandent « Vive le dalaï-lama ! » et « Tibet libre ! ». Selon le gouvernement chinois, 13 personnes seraient mortes, victimes des émeutiers, la plupart brûlées vives dans les incendies. Pendant des heures, les forces de sécurité interviennent peu.
Selon le témoignage de James Miles, correspondant à Lhassa pour The Economist, des Tibétains ont lancé des pierres sur un garçon de 10 ans à vélo. Concernant la répression, Miles n'a pas entendu de rafale de mitraillette, et n'a pas eu le sentiment d'une répression massive comme lors de l'écrasement des manifestations de Tian'anmen qu'il a également couvert. Les autorités auraient été paralysées par les risques politiques qu'une vive réaction aurait impliqués.
Georg Blume, journaliste allemand présent sur place, rapporte le témoignage très précis d'un Tibétain sur les événements : ce témoin a pu donner libre expression à sa haine envers la Chine mais admet que les policiers n'ont pas tiré le 14 mars au plus fort des émeutes; il suppose que les victimes sont essentiellement des Chinois brûlés dans leurs magasins. Georg Blume pensait au départ que la police militaire était responsable des victimes, mais plus il a recueilli de témoignages, plus il a remis en cause cette hypothèse initiale. Il est clair pour lui que l'on ne peut pas parler de répression sanglante comme le massacre de Tian'anmen en 1989 .
Le témoignage d'un tibétain en exil est rapporté par une dépêche de l'AFP, un reportage de NTDTV (télévision affiliée au Falun Gong, hostile au parti communiste chinois) et le site Phayul.com (créé et géré par des tibétains en exil). Selon son témoignage, ce tibétain en exil serait l'un des très rares manifestants tibétains à avoir réussi à s'enfuir du Tibet, après 4 jours de manifestations à Lhassa. Il a témoigné d'actes de violence particulièrement graves des forces de maintien de l'ordre à Lhassa ; ce témoignage n'est cependant corroboré par aucune autre source présente sur place lors des manifestations. Selon lui, des troupes chinoises brandissant des couteaux auraient attaqué les manifestants tibétains le 14 mars, « Nous manifestions pour marquer le 49e anniversaire (du Soulèvement tibétain de 1959 contre la domination chinoise) lorsque les troupes nous ont attaqués avec de longs couteaux. Nous avons jeté des pierres et les soldats se sont retirés et sont ensuite revenus avec des armes et puis il y a eu de la fumée, des coups de feu et des cris terribles ». Il affirme avoir vu plusieurs Tibétains mourir de balles et de coups de couteau. « Les troupes ont juste jeté (les morts) comme des carcasses dans des fourgons de police ». Ce réfugié serait le 4e Tibétain à avoir pu s'échapper de la région depuis le déclenchement des troubles en mars 2008.
Le 14 mars, Radio Free Asia rapporte que les policiers et les membres des forces de sécurité « ont tiré sur les manifestants antichinois alors que ces derniers mettaient le feu à des voitures et envahissaient les rues », le bilan serait d'une centaine de morts16. Des témoins ont indiqué à des agences de presse étrangères que les rues de Lhassa étaient quadrillées par la police, les forces de la Police armée populaire ainsi que par l'armée.
Selon Qiangba Puncog, président du Gouvernement régional de la Région autonome du Tibet, le personnel de sécurité n'était pas armé lors des émeutes du vendredi 14 mars à Lhassa, James Miles et certains touristes occidentaux confirment que la police n'était pas armée ("no guns visible"), une détonation a été entendue mais il est difficile de dire s'il s'agissait d'un coup de feu ou d'une explosion due à un incendie. Selon le témoignage d'autres touristes rapportés par l'ambassade des États-Unis à Pékin, des coups de feu ont clairement été entendus. Des « bruits de coups de feu » sont rapportés dans la conversation entre un activiste à Lhassa et le secrétaire culturel du Congrès de la jeunesse tibétaine mais il n'en existe aucun enregistrement vérifiable.
Selon Qiangba Puncog, président du gouvernement régional du Tibet, 13 civils chinois ont été brûlés vifs (dont un aspergé d'essence) ou poignardés à mort par les émeutiers, 18 civils et un agent de police ont trouvé la mort au cours des émeutes du 14 mars à Lhassa, 241 agents de police ont été blessés (dont 23 actuellement dans un état critique), un autre a été tué par la foule, 382 civils ont été blessés (dont 58 grièvement). Selon Phayul.com, site créé en 2001 par un Tibétain en exil, des manifestations très tendues, dispersées par des tirs des forces de l'ordre, seraient signalées dans le Gansu, une partie de l'ancienne province tibétaine de l'Amdo.
Le samedi 15 mars, selon le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, des milliers de manifestants se rassemblent à nouveau dans cette région proche du monastère de Labrang. La présence de chars et de véhicules militaires chinois à Lhassa est rapportée par des touristes étrangers. Le centre historique de la ville est placé sous couvre-feu, l'accès pour les touristes et les journalistes est suspendu, empêchant les médias étrangers d'accéder à la région. Le 14e dalaï-lama demande à la Chine de « cesser d'utiliser la force », de « répondre au ressentiment des Tibétains par le dialogue » et aux Tibétains de « ne pas recourir à la violence ». Durant le week-end, les manifestations antichinoises débordent hors de la capitale. À Xiahe, dans la province du Gansu, des manifestations éclatent le vendredi et le samedi autour du grand monastère de Labrang, des milliers de moines défilant en criant « Tibet libre ! » et « Laissez le dalaï-lama revenir au Tibet ! ». D'après Kate Saunders, responsable d'International Campaign for Tibet, « des manifestations ont éclaté dimanche dans la ville de Ngawa (dans le Sichuan) et sept personnes ont été tuées ». Le gouvernement local promet de « lancer une guerre du peuple pour combattre le séparatisme et faire éclater en pleine lumière le visage hideux du dalaï-lama et de son groupe », il lance également un ultimatum aux émeutiers, leur demandant de se rendre d'ici à lundi soir. Le mardi 18 mars la centaine de touristes restant en ville est déplacée dans des hôtels situés loin du lieu des émeutes. Le mercredi soir à 22h : 170 personnes s'étaient rendues.
Selon un témoignage d'un Tibétain emprisonné à Lhassa après les manifestations de mars -recueilli clandestinement- la police chinoise s'est introduite dans sa maison cassant 5 portes et frappant toutes les personnes présentes. Ce Tibétain affirme avoir été frappé à la tête et maltraité lors de sa détention. Il a assisté aux traitements plus sévères des moines par les soldats. Il affirme qu'un frère et sa soeur ont été jetés par la fenêtre tuant le frère et blessant gravement la soeur. Chaque jour, les prisonniers appelaient les gardes pour signaler des morts. L'un des prisonniers a été battu à mort car les gardes qui le suspectaient d'avoir volé un veston. Un jeune de 17 ans a été torturé alors qu'il n'avait pas participé aux manifestations, le forçant à “avouer” des actes qu'il n'avait pas commis.
Le 28 mai, selon le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, 3 nonnes et une étudiante (Rigden Lhamo) ont manifesté à Kardze (Sichuan, Kham) pour le retour du Dalai Lama, la libération des prisonniers politiques tibétains et la liberté au Tibet. La police chinoise aurait tiré des coups de feu et infligés de mauvais traitements à Rigden Lhamo. Des taches de sang auraient été vues sur son corps et l'on ignore ce qu'elle est devenue.
Le 21 juin Palma Trily, vice-président exécutif de la Région autonome du Tibet, a annoncé que le Tibet a libéré 1157 personnes accusées de délits mineurs dans les émeutes à Lhassa, juste avant le passage de la flamme olympique à Lhassa. Le journal en:JURIST remarque que l'annonce de cette libération survient 2 jours après un rapport critique d'Amnesty International.
Depuis le début des troubles, les bilans humains sont contradictoires selon les sources. Les divergences portent non seulement sur le nombre des victimes mais aussi sur leur identité. Les autorités chinoises parlent de civils innocents victimes des émeutiers, tandis que le gouvernement tibétain en exil parle de tibétains tues par la police ou l'armé.